8 mars : 8 raisons de se battre

Publié le par flammesdumonde

Feminist_Suffrage_Parade_in_New_York_City-_1912.jpg

 

8 mars 2011, nous célébrons la 100ème journée internationale du droit des femmes. Certains se demandent si, un siècle après sa création, ce jour a encore un sens, si les femmes ont encore de véritables combats à mener. A tous ceux et celles qui doutent de la nécessité d’une mobilisation pour plus de justice à l’heure actuelle, voici huit raisons de se mobiliser.

 

Violence

Harcèlement, violence domestique, viols… Dans chaque pays du monde, les femmes sont des proies faciles pour les hommes violents.

La violence conjugale est un phénomène universel, quels que soient l’origine, la classe sociale ou le niveau d’éducation des personnes concernées. En France, une femme meurt tous les deux jours et demi sous les coups de son conjoint. En dehors du foyer, les chiffres sont tout aussi mauvais. En 2010, année où la lutte contre les violences faites aux femmes fut décrétée grande cause nationale, les agressions envers les Françaises sur la voie publique ont augmenté de 13%.

En France, chaque jour, 200 femmes sont violées. Une Française sur 10 a été violée ou le sera au cours de sa vie. Au niveau mondial, ce chiffre passe à une femme sur cinq.

Dans les pays en conflit (République Démocratique du Congo, Côte d’Ivoire, Soudan…), le viol est utilisé comme arme de guerre et des millions de femmes en sont victimes. Dans certaines régions du monde, les violeurs vivent en toute impunité. En Afrique du Sud, un homme sur trois avoue avoir déjà violé et 25% des femmes disent avoir été victimes de viol.

Enfin, aux Emirats Arabes Unis, en Arabie Saoudite, en Somalie et au Bangladesh, les femmes violées sont punies par la loi (coups de fouet, lapidation ou prison selon les pays).

 

Education

Comme l’ONU le déclare : « l'éducation est un droit humain fondamental. » C’est également le critère de base de l’émancipation des femmes. Sans éducation, comment être indépendante financièrement ? Comment remettre en question la société et ses traditions ? Comment oser refuser les injustices ?

Pourtant, à l’échelle mondiale, environ 580 millions de femmes adultes sont illettrées, soit deux fois plus que les hommes.

La pauvreté et les traditions contribuent à tenir les filles loin du chemin de l’école. Le travail des enfants, les mariages et les grossesses précoces forcent les fillettes à quitter tôt le système éducatif. Dans certaines régions, les familles pauvres se contentent de n’envoyer que leurs garçons à l’école. Elles ne voient pas l’utilité d’envoyer leurs filles puisqu’elles n’ont aucun avenir professionnel, leur destin est de se marier, procréer et tenir leur foyer.

Parfois, la violence entre en jeu pour empêcher les filles d’aller à l’école. Dans certaines régions d’Afghanistan par exemple, où les attaques d’écolières à coup de jets d’acide ou l’empoisonnement de classes entières font partie des risques que prennent les filles qui veulent un accès à l’enseignement.

 

Pourtant, les bénéfices de l’éducation sur la condition des femmes n’est plus à démontrer. Les jeunes filles instruites ont une vie meilleure, elles ont moins d’enfants et les ont plus tard, ce qui diminue les risques de mortalité maternelle. D’après le directeur général de l’OMS : « l’éducation est un moyen puissant de briser le cycle de la pauvreté, de la mauvaise santé, de la misère et d’une condition inférieure que subissent les femmes de génération en génération. »

 

Traditions

D’après l’OMS, entre 100 et 140 millions de femmes ont subi une mutilation génitale (excision ou infibulation). En Egypte, 90% des femmes sont excisées. En France, on estime ce chiffre à 50 000.

Autre tradition destructrice dans la vie des femmes : les mariages forcés. Chaque jour, environ 20 000 filles mineures sont contraintes à se marier, la plupart ayant environ 10 ans.

En 2011, dans certaines régions du monde, l’honneur des familles se trouve encore entre les jambes des femmes et celle qui a le malheur de s’adresser à un inconnu, de perdre sa virginité avant le mariage ou de refuser une union arrangée, risque de mourir assassinée par les siens. Chaque année, des milliers de femmes sont tuées, violentées ou mutilées pour laver l’honneur de leur famille.

 

Santé

A l’échelle mondiale, chaque minute, une femme meurt à cause de sa grossesse ou de son accouchement. 99% de ces décès ont lieu dans des pays en voie de développement. L’ONU s’est fixé comme objectif la diminution de 75% des décès maternels de 2000 à 2015, mais il est peu probable qu’il soit atteint. Pourtant, des soins de santé de qualité, abordables et dispensés à temps permettrait d’éviter la plupart de ces décès.

 

Trafic

Les trois activités les plus lucratives pour le crime organisé sont : le trafic de stupéfiants, les ventes d’armes et la traite d’êtres humains. Cette dernière activité connaît la plus forte croissance. En effet, beaucoup de trafiquants de drogues se rabattent sur ce commerce moins risqué et bien plus rémunérateur. Inutile de démontrer que l'enlèvement d’un être humain qui peut être exploité à plusieurs reprises rapporte plus que des produits que l’on achète et ne revend qu’une fois. La plupart des êtres vendus sont des femmes et des enfants, à des fins sexuelles (prostitution, pornographie, clubs de strip-tease…).

Le trafic sexuel sévit dans tous les pays du monde, il suffit de regarder autour de nous pour nous en rendre compte. Des trottoirs de Paris à ceux de New-York en passant par Bangkok ou Moscou, le nombre de femmes exploitées par des proxénètes est vertigineux. On estime qu’environ trois millions de femmes sont victimes d’esclavage sexuel. D’après le US State Department, chaque année, entre 600 000 et 800 000 personnes sont victimes de trafic d’êtres humains. 80% d’entre eux sont des femmes, la plupart sont exploitées dans l’industrie du sexe.

 

Objétisation

L’expression « femme-objet » peut sembler désuète aujourd’hui, mais force est de reconnaître qu’elle est toujours d’actualité. Il arrive encore de voir des campagnes publicitaires qui véhiculent des clichés sexistes sans émouvoir grand monde. Pire que cela, récemment, une société française a fait parler d’elle en offrant les services de jolies jeunes femmes de ménage en tenue très légère. Un business qui a sa clientèle, tout comme celui très florissant des escorts girls.

Jusqu’où ira l’objétisation des femmes ? Tant que la misère pourra être exploitée, ce phénomène se poursuivra en repoussant toujours plus les limites du supportable. Le mois dernier, en Nouvelle-Zélande, un jeu-concours a fait scandale puisque le gros lot à gagner était… une femme ukrainienne.

 

Travail

Nous l’entendons à longueur d’année : dans tous les pays du monde, le travail des femmes est moins bien rémunéré que celui des hommes. En 2008, d’après la Commission européenne sur l’emploi et les affaires sociales, le salaire des femmes européennes était en moyenne inférieur de 17,8% par rapport au salaire des hommes. Cette différence allait de 4,9% en Italie jusqu’à 30,3% en Estonie. En France, les femmes gagnent en moyenne 19,2% de moins que les hommes. Ailleurs dans le monde, cet écart est de 19% aux Etats-Unis, 21% au Canada, 33% au Japon et 38% en Corée du Sud.

Des écarts qui, malgré les différentes législations persistent et ont de lourdes conséquences sur la vie et l'indépendance des travailleuses. En France, 22 % des femmes de plus de 65 ans sont en situation précaire contre 16 % pour les hommes. 

 

Liberté sexuelle

La liberté sexuelle est conditionnée par l’émancipation de la femme, la libération des mœurs et la reconnaissance d’une sexualité non reproductive.

La révolution sexuelle qui a eu lieu il y a 50 ans dans la plupart des pays occidentaux semble encore bien lointaine dans certaines régions du monde. Ainsi, au Moyen-Orient, une femme qui a un rapport sexuel avant le mariage peut être condamnée par la loi à des châtiments corporels ou à la peine de mort. Lorsque la loi ne se charge pas de contrôler la vertu des femmes, ce sont leurs familles qui s’en occupent, comme nous l’avons évoqué avec les crimes d’honneur.

La sexualité non reproductive et la liberté des femmes à disposer de leur corps est également un point sur lequel beaucoup de progrès reste à faire. D’après un rapport des Nations Unies datant de 2007, la proportion de femmes en âge de procréer utilisant un moyen contraceptif varie entre 3% au Tchad et 90% en Chine. La moyenne mondiale étant de 63%. Bien sûr, l’utilisation de contraceptifs est plus répandue dans les pays développés que dans les régions pauvres, ce constat est flagrant sur cette carte.

En Afrique Subsaharienne, seulement 22% des femmes en âge de procréer utilisent un moyen contraceptif.

Observez cette carte du Monde Diplomatique de l’état des législations sur l’avortement en 2006 et vous constaterez que les pays où l’avortement est légal sont minoritaires. Par ailleurs, la comparaison avec la carte du dessous sur la mortalité maternelle dans le monde fait froid dans le dos.

Il convient de garder une certaine vigilance sur la question de l’avortement, car même dans les pays où la loi l’autorise, il est constamment menacé. Que ce soit de manière directe comme aux Etats-Unis où les associations pro-life et certains politiciens se mobilisent contre cette pratique, ou indirectement, comme en France, où le nombre de centres d’IVG ne cesse de diminuer.

 

  

De nombreuses batailles ont été gagnées dans la lutte des femmes pour plus de justice, mais nous constatons qu’il reste encore beaucoup à faire. Alors non, une journée pour méditer sur les droits des femmes n’est pas de trop, c’est au contraire bien insuffisant.

 

 

Photo : Wikimedia Commons, Suffragettes à New York City, 1912.

Commenter cet article