Haïti : naissances d'enfants issus de viols

Publié le par flammesdumonde

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Le 12 janvier 2010, un séisme de magnitude 7 dévastait Haïti. Il y a six mois, nous évoquions les nombreux cas de viols dans les camps où plus d’un million de personnes sans abris avaient trouvé refuge. Un an après le terrible tremblement de terre, rien n’a changé, plus d’un million d’Haïtiens vivent toujours dans ces camps où les femmes sont à la merci des criminels sexuels. Seul nouvel élément à ce triste tableau : des nouveau-nés, issus de ces agressions.

 

L’indice de fécondité a triplé

 

Un an après le séisme, l’indice de fécondité a triplé dans certaines régions du pays, passant de 4 à 12% selon le Fonds des Nations Unies pour la Population (FNUAP). Certes, le manque de contraception sur place a contribué à cette progression, mais ce n’est pas la seule explication.

Selon Smith Maxime, du FNUAP Haïti : "Ce n’est pas qu’une question d’utilisation du préservatif. Nous devons faire en sorte que les refugiés développent des relations sur un pied d’égalité. Les hommes doivent se réveiller et reconsidérer leur vision des  femmes et d’eux-mêmes."

Ce que dénonce Smith Maxime, ce sont les centaines de cas de viols qui se sont produits et qui continuent de se produire dans les camps de fortune d’Haïti, laissant de nombreuses femmes enceintes de leur agresseur.

 

Des témoignages déchirants

 

Le reporter-photographe, Nadav Neuhaus, a rencontré certaines de ces femmes et a recueilli leur témoignage pour le site MSNBC.

Marie Kena Michelle rêvait de devenir infirmière, mais le séisme du 12 janvier brisa tous ses espoirs. Sa mère fut tuée, son père est resté handicapé et leur maison fut détruite. Marie trouva refuge dans le camp de La Piste à Port au Prince. Quelques jours après son arrivée, un groupe d’homme l’a attaquée et violée. Marie est tombée enceinte, elle a essayé d’avorter par ses propres moyens, mais elle a fini par donner naissance à son enfant, au milieu de ce camp où elle fut agressée.

Un groupe d’homme a violé Clairmine Josile et sa cousine dans la tente qui les abritait, sous les yeux de leurs enfants. Clairmine, accablée par la douleur et la honte, refusa d’aller voir un médecin. Dans les semaines qui suivirent, elle réalisa qu’elle était enceinte. L’enfant est né durant l’automne.

Nadine Josile fut violée à deux reprises après son arrivée à La Piste et accoucha neuf mois plus tard. Elle déclare ne pas vouloir faire de différence entre l’enfant de son agresseur et son fils aîné. Elle souhaite accorder autant d’affection à l'un qu'à l'autre.

 

De nombreuses mesures à prendre

 

Le 6 janvier 2011, Amnesty International a publié un rapport soulignant les risques encourus par les femmes qui vivent dans les camps de fortune. Selon Gerardo Ducos, chercheur à Amnesty International : « Les femmes, qui se battent déjà pour surmonter la perte de leurs proches, de leur foyer et de leurs moyens de subsistance à la suite du tremblement de terre, doivent aussi faire face au traumatisme que représente le fait de vivre sous la menace constante d’agressions sexuelles ».

Dans son rapport, Amnesty International insiste sur le fait que l’absence de sécurité et de maintien de l’ordre dans les camps a très fortement contribué à l’augmentation des agressions en 2010.

Par ailleurs, les victimes de viol dénoncent le manque d’implication de la police et l'impunité qui en découle. Nombre d’entre elles ont relaté que lorsqu’elles sont allées demander de l’aide à la police, les policiers leur ont répondu qu’ils ne pouvaient rien faire.

Parmi les recommandations formulées par Amnesty International, on peut lire : le gouvernement haïtien doit remplir ses obligations de protection des femmes et des fillettes contre la violence liée au genre dans toutes les circonstances. Il faut faire du problème de la violence contre les femmes une priorité des efforts humanitaires et de reconstruction en Haïti.

Il y a cependant peu d'espoir que ces recommandations soient entendues par un gouvernement qui, en un an, n'a pris aucune mesure pour ces femmes.

 

Photo : galerie Flickr IFRC.

Publié dans Violences sexuelles

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