MARIAGES PRECOCES : DES ENFANCES BRISEES

Publié le par flammesdumonde

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En évoquant le sujet des mariages précoces, je ne peux m’empêcher de faire un parallèle entre cette pratique, courante dans de nombreux pays d’Afrique et d’Asie du Sud, et la pédophilie. En effet, qu’est-ce qui différencie un homme de 50 ans qui épouse une fillette de 8 ans d’un criminel qui assouvit ses pulsions sexuelles sur des enfants ? Aucune, si ce n’est que le mariage précoce est un acte courant dans certaines régions et qu’il se déroule avec le consentement de la société. On estime que chaque jour dans le monde, 20 000 filles mineures sont forcées de se marier, la plupart ayant environ dix ans.

 

PAUVRETE ET TRADITION, PRINCIPALES CAUSES DE CETTE PRATIQUE

Dans les pays en voie de développement, la majorité des familles fait le choix de privilégier les garçons en les nourrissant convenablement, en les envoyant à l’école et en leur apportant les soins nécessaires. Les besoins des petites filles passent après ceux de leurs frères. Certaines familles choisissent de marier leurs filles le plus tôt possible afin se débarrasser du « fardeau » qu’elles représentent, d’autres le font en espérant ainsi leur offrir une vie meilleure. Malheureusement, les filles mariées très jeunes ont encore plus de risques de passer toute leur vie dans la pauvreté.

L’Unicef a déclaré le mariage précoce comme étant une violation des droits de l’homme. En 1990, les états africains ont signé la charte sur les droits et le bien-être de l’enfant, qui appelait les pays signataires à mettre en place des actions pour en finir avec cette pratique. Dans la plupart des pays où les mariages précoces sont nombreux, la loi fixe l’âge minimum du mariage à 18 ans. C’est le cas notamment du Bangladesh, de l’Inde et de l’Ethiopie. Mais le manque de volonté de la part des gouvernements pour faire respecter la loi et le poids des traditions encouragent la poursuite de cette pratique.

 

AU YEMEN, DEUX HISTOIRES ONT BOULEVERSE LE MONDE

En avril 2010, un fait divers fait scandale. Elham Mahdi al-Assi, jeune Yéménite de 13 ans, mariée à un homme de 23 ans, est morte cinq jours après son union. Elle refusait d’avoir des rapports sexuels avec son époux. Ce dernier a fini par la violer avec une telle agressivité que la jeune fille est décédée d’une hémorragie due à une déchirure vaginale.

L’histoire de Nojoud Ali, devenue un des symboles du combat contre les mariages précoces, s’est mieux terminée. Elle est l’auteure d’un livre : Moi Nojoud, 10 ans, divorcée. Elle n’avait que 9 ans lorsque ses parents l’ont forcée à épouser un homme d’une trentaine d’années. Régulièrement violée par ce dernier et battue par sa belle-famille, elle finit par s’enfuir. Elle demande alors le divorce et est défendue par Chadha Nasser, avocate engagée dans la défense des droits des femmes. Afin de déroger à la loi fixant l’âge légal du mariage à 15 ans, les familles avaient stipulé dans le contrat de mariage l’interdiction des relations sexuelles jusqu’à ce que l’épouse y soit « prête ». L’avocate évoqua les viols que Nojoud avait subis et le tribunal finit par lui accorder le divorce alors qu’elle n’avait que 10 ans. Aujourd’hui, Nojoud vit avec sa famille, elle va à l’école et souhaite devenir avocate.

 

DES CONSEQUENCES GRAVES

La conséquence la plus tragique du mariage précoce est l’augmentation des risques de mortalité maternelle. En effet, une fille qui se marie jeune tombe enceinte alors qu’elle n’est encore qu’une enfant, son corps n’est pas prêt à subir une grossesse et un accouchement. D’après l’organisation International Women’s Health Coalition, les filles entre 10 et 14 ans ont cinq fois plus de risques de mourir à cause de leur grossesse ou de leur accouchement qu’une femme qui a dix ans de plus. La grossesse est la principale cause de mortalité chez les jeunes filles de 15 à 19 ans dans les pays en voie de développement. Parmi les risques liés à une grossesse précoce, figurent les fistules obstétriques évoquées dans mon article du mois de juin.

Autre effet des mariages précoces, les fillettes sont souvent victimes de violence de la part de leur mari et de leur belle famille. Certaines finissent par fuir leur foyer et, si leur propre famille refuse de les héberger, elles finissent dans la rue, à la merci des trafiquants en tous genres qui kidnappent ces fugitives pour les prostituer. Quant à celles qui fuguent et qui sont retrouvées par leur conjoint, elles ont de grands risques d’être tuées afin de « laver » l’honneur de la famille.

Enfin, conséquence plus subtile mais tout aussi désastreuse, le mariage précoce prive des millions de petites filles d’aller à l’école. Une fois mariées, celles qui ont la chance d’être scolarisées sont retirées du système éducatif afin de s’occuper de leur nouveau foyer.  Ce manque de scolarisation les condamne évidemment à la pauvreté.

 

UN CHANGEMENT EST-IL POSSIBLE ?

Actuellement, le congrès américain discute une loi présentée pour la première fois l’an dernier. Ce projet de loi impliquerait un plus grand investissement de la part des Etats-Unis dans la lutte contre le mariage précoce.

La communication auprès des familles sur les conséquences des mariages précoces et la scolarisation obligatoire des petites filles semblent être les principales solutions pour lutter contre le mariage précoce.

Par ailleurs, on observe une mobilisation de plus en plus grande, notamment au Yémen et en Inde, de la part des femmes de ces pays, afin d’en finir avec cette pratique. Mais, comme nous le savons, les luttes contre les traditions sont loin d’être les plus simples.

 

COMMENT AIDER ?

http://www.care.org/campaigns/childmarriage/index.asp

http://www.icrw.org/

SOURCES

http://www.care.org/campaigns/childmarriage/index.asp

http://www1.voanews.com/english/news/africa/Womens-Childrens-Groups-Warn-of-Negative-Consequences-of-Child-Marriage-98571434.html

http://www.elle.fr/elle/Societe/News/Yemen-une-fillette-de-13-ans-meurt-apres-son-mariage-force/(gid)/1209318

http://fr.wikipedia.org/wiki/Nojoud_Ali

Photo : galerie Flickr de Babasteve.

Publié dans Traditions

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