Un ange gardien pour les Roumaines victimes de proxénètes

Publié le par flammesdumonde

Prostitution-Roumanie.jpgIana Matei, élue femme européenne de l’année par le Reader’s Digest, vient de publier un livre choc : A vendre, Mariana, 15 ans (Oh Editions). Elle y raconte son combat pour aider les jeunes Roumaines victimes des réseaux de proxénètes et sa lutte contre ces trafiquants.

 

Le déclic

Tout commence en 1999. Iana aide alors des enfants sans domicile qui errent dans les rues. Un soir, elle reçoit un appel de la police : « Nous avons là trois putes qui puent tellement qu’on ne peut pas les mettre dans la voiture. Pouvez-vous apporter des vêtements propres ? ».

Les « putes » en question sont trois gamines qui ont entre quatorze et seize ans. Lorsqu'Iana leur demande comment elles en sont arrivées là, elles lui répondent qu’elles ont été vendues. Elle cherche alors une organisation pour s’occuper d’elles, mais découvre qu’il n’en existe pas. En quelques jours, elle fonde l’ONG Reaching Out et loue un local à Pitesti (au Nord-Ouest de Bucarest) pour héberger ces trois premières réfugiées.

Onze années plus tard, Reaching Out existe toujours et Iana est plus que jamais engagée dans son combat. Elle a réussi à sauver 420 victimes des réseaux proxénètes en leur offrant un toit, une protection et un soutien psychologique afin qu’elles puissent se réinsérer. Ces filles lui sont envoyées par la police ou par des associations. Il est également arrivé qu'Iana risque sa vie pour les sortir de l’enfer en les enlevant à leurs tortionnaires. Elle a maintes fois été menacée de mort par ces derniers, mais elle est loin de se laisser impressionner. La nuit où quatre hommes ont tenté d’entrer dans son refuge, elle a bloqué leur voiture avec la sienne, a refermé leurs portières à coups de pied et les a fait déguerpir.

 

Esclaves au XXIème siècle

Les filles recueillies par Iana ont toutes été des esclaves sexuelles dont les histoires se ressemblent. La misère règne en Roumanie et les jeunes sont poussés très tôt à trouver un travail. Lorsque quelqu’un leur fait miroiter un travail à l’étranger bien rémunéré, les jeunes filles pensent avoir enfin une solution pour sortir de la pauvreté. On leur raconte qu’elles seront femmes de ménage ou serveuses. Mais une fois arrivées dans leur pays de destination, leur passeport est confisqué et elles deviennent une marchandise. Comme sur les marchés des esclaves il y a deux cents ans, on les montre à des acheteurs, puis leur prix est négocié, de 50 à 2 000 euros. Un « investissement » qui sera rapidement rentabilisé car les proxénètes n’hésitent pas à forcer ces filles à enchainer jusqu’à dix clients par soir.

Selon Iana Matei : « Les femmes rapportent bien plus que la drogue et les armes : elles peuvent être vendues plusieurs fois ». Bien sûr, certaines filles refusent de se soumettre à leur proxénète, mais ces derniers montrent alors qu’ils ont droit de vie ou de mort sur elles.  « Les trafiquants repèrent toujours celle qui a un tempérament de leader, poursuit Iana Matei. Sciemment, ils la “cassent” devant les autres, en ayant recours aux humiliations les plus viles […] pour montrer aux autres ce qu’elles risquent à oser se rebiffer. »

 

Des jeunesses détruites

Ces filles vivent dans une violence permanente : celle de ces hommes qui passent sur leur corps chaque soir, celle de leur proxénète qui les frappe si elles ne sont pas assez aimables avec les clients. Les trafiquants leur répètent que si jamais elles s’échappent, ils les tueront, ainsi que leur famille.

Lorsqu'Iana les recueille, elles sont brisées psychologiquement et souffrent physiquement : MST, fractures, blessures de l’appareil génital... Parfois, elles sont enceintes. Il faut du temps et beaucoup d’efforts pour pouvoir reprendre une vie normale. Iana leur offre un soutien sans faille et cela paie. Les filles qui sont passées par son refuge ont soit repris leurs études, soit trouvé du travail, beaucoup ont fondé une famille.

 

Quelle justice ?

Un rapport de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime estime qu’environ 140 000 personnes sont victimes de trafic d’êtres humains dans l’industrie du sexe en Europe, la plupart viennent d’Europe de l’Est et d’Afrique. Le revenu annuel de ses exploitants est de 3 milliards de dollars.

Iana Matei s’indigne de l’impunité des trafiquants, qui ne sont généralement condamnés qu’à deux ou trois ans de prison, faute de coopération entre la Roumanie et le reste de l’Europe. Selon elle, rien ne s’arrangera tant que les législations des pays membres de l’Union ne seront pas harmonisées. Une plus grande coopération entre la police et la justice des différents états européens serait nécessaire pour lutter plus efficacement contre ce fléau.

 

Iana, ange gardien inusable

Il y a quatre ans, Iana Matei a sauvé une jeune fille de 16 ans enceinte de jumelles. La mère s’est enfuie après leur naissance prématurée à 7 mois. Iana a alors décidé de les adopter. Sa générosité et sa rage dans son combat ne peuvent qu’inspirer le respect. Iana ne compte pas arrêter la lutte de sitôt. « J’ai l’intention de travailler jusqu’à 100 ans et de m’amuser ensuite. J’aurai une minijupe en cuir, je roulerai en Harley-Davidson et je terroriserai vos maris, alors faites bien attention ! » lance-t-elle à ses protégées en souriant.

 

 

Photo : galerie Flick'r el finisimo jarrito.

Publié dans Violences sexuelles

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